Ciné Lucky Strike

Published on août 15th, 2020 | by Faël Isthar

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Lucky Strike : Le Pigeon, Le Serpent & Le Requin

« Tic-Tac »

Être employé de sauna, Joong-man n’en a jamais rêvé. Surtout quand son patron ingrat (et deux fois plus jeune) enchaine les séances de golf à l’extérieur et le réprimande au moindre petit retard. Qu’importe qu’il ait une mère malade et à moitié démente dont il lui faut s’occuper. Puis, un jour, tout changea. Un sac Louis Vuitton abandonné dans un casier et, à l’intérieur, plusieurs dizaines de liasses de billet. De quoi se refaire une vie. N’importe où. Pour peu d’oser transgresser les règles. […] « J’ai trouvé le parfait pigeon ! » affirme, l’air satisfait, Tae-Young, agent du bureau d’immigration, à son cousin, Carpe. « Il veut que je l’aide à passer la frontière avec un sac qui contient plus de 140 millions Won (100.000 euros) ! ». « Haa… » soupire Carpe. Dans quelle galère tu veux encore m’embarquer ? ». « Cousin ! Aucune galère ! Je prends 60 %, toi, 40, on le plume et on éponge nos dettes ! ». Sur ce, il est temps pour le serpent de se fumer une Lucky Strike. Sous le regard perçant d’un comparse juché non loin. […] « Ton mari te bat depuis combien de temps ? » demande Yeon-Hee, tenancière d’un bar de charme, à son employée, Mi-ran. « Je… ». « Trop longtemps, n’est-ce pas ? ». Il est temps que le requin en engendre un autre. « Car ce monde est rempli d’ordures ».

Lucky Strike

Lucky Strike ou le film qui m’a persuadé de ne pas résilier ma carte UGC pour l’heure, ahaha. Dites-vous que la dernier review date du 5 mars dernier ! Avec cette crise sanitaire, la fermeture des cinémas s’est accompagnée d’une moindre sortie des long-métrages. Au point de m’amener à reconsidérer mes sorties du grand écran… jusqu’à ce que l’industrie coréenne ne s’invite dans la partie ! Pour l’heure, je ne peux pas dire que je sois un passionné du genre vu ma faible filmographie en la matière. Pour autant, au moins 80% des films que j’ai visionné m’ont beaucoup plu. De Old Boy à Okja en passant par Mademoiselle, Dernier Train Pour Busan ou encore Parasite. Une narration savamment distillée. Une réalisation de première facture. Une bande originale qui sublime la photographie et la mise en scène au travers de la musique classique. Un casting appliqué. Enfin, ce second degré doucereux doublé d’un regard critique sur la société coréennes et leurs inégalités criantes.

Lucky Strike répond à l’ensemble de ces critères. Qu’il s’agisse du pigeon, Joong-man, du serpent, Tae-Young, ou du requin, Yeon-Hee, tous luttent au quotidien pour survivre. Avec plus ou moins d’honnêteté, avec plus ou moins de désespoir. Et plus la tenaille resserre son emprise sur le cou délicat des animaux sociaux, plus les frontières de l’éthique et de l’humanité se dissolvent. L’argent ne fait pas le bonheur, certes, mais il y contribue fortement. Que l’on choisisse de se définir ou non par les billets verts, comme nous y contraint la société, ce constat ne change pas. Particulièrement en Corée du Sud où la misère sociale s’insinue à travers tous les pans de la population si ce n’est une portion d’élite souvent corrompue. Découpé en plusieurs chapitres, le récit de Lucky Strike se décante et délivre sa saveur au fur et à mesure des révélations. J’ai tout simplement adoré ! Malgré un petit à-priori au départ dû au flou volontaire qu’apporte le récit. Coup de coeur pour le requin, Yeon-Hee, qui symbolise parfaitement ces femmes ayant décidé d’abandonner leur humanité pour devenir l’égal des hommes. À voir et à revoir.

8/10

*Coup de Coeur*


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Fondateur de YZGeneration, YummyZ, Ikke et Bang !



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