Squid Game : La Nostalgie Des Jeux D’Enfance

Squid Game
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Fut un temps où les enfants jouaient beaucoup au jeu du calamar dit Squid Game. « Les règles sont simples et brutales… » se souvient Seong Gi-hun de Ssangmun-dong. « Les lignes tracées au sol forment la silhouette du calamar et nous sommes divisés en deux groupes, l’attaque et la défense ». Seong excellait particulièrement lorsqu’il attaquait. « La défense peut courir mais sans dépasser une certaine limite, et l’attaque, au-delà de cette limite, n’a le droit de sauter que sur un pied ». Il suffit ensuite qu’un attaquant traverse la taille du poulpe en déjouant la défense. « L’Inspecteur Secret ! ». Voilà ce que l’on crie une fois le calamar traversé. « Vient ensuite la phase finale… » poursuit Seong. « Les attaquants se rassemblent au niveau de la taille avec pour seul objectif d’atteindre le petit espace fermé qui représente la tête ». Si cette zone est atteinte, l’attaque l’emporte. Si les attaquants sont repoussés au-delà de la taille, la défense ressort victorieuse. « C’était la nostalgie des jeux d’enfance… » conclut Seong alors qu’il fait face à son ami, Cho Sang-woo. « Et à l’époque, nous jouions pour de faux ».

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Marquant et puissant ! Tout comme Alice in Borderland, Squid Game, drama coréen écrit et réalisé par Hwang Dong-hyeok, s’inscrit dans la lignée des Survival Games. Et là où Alice se veut plus épique (après l’immense trauma d’un certain épisode), le jeu du calamar a tendance à être plus psychologique et tortueux. Jouant sur les aspérités des personnages principaux pour nous mettre en déroute. Et ça marche ! Parfois trop bien.

Miroir aux alouettes piégeant les malchanceux, désaxés et « parasites » sociaux, l’organisation tentaculaire à l’origine de ces jeux cruels se veut réaliste au possible. Car avec l’espoir de survivre et la promesse de remporter une somme ahurissante qui épongerait ses dettes et permettrait de bâtir un avenir assuré, combien sont prêt(e)s à commettre des atrocités ? Combien sont prêt(e)s à s’entretuer ? Il y a de quoi s’étouffer tant l’enrobage bonbon de ces jeux d’enfance renferme une satyre des plus implacables.

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Le personnage principal, tanguy approchant la cinquantaine exploitant sa mère et enchainant les jeux de hasard, n’y échappe pas. Il aimerait être un père digne mais ne parvient pas à échapper à sa nature naïve et lâche. Quant à son alter-ego, Cho Sang-woo, celui-ci, derrière des apparences nobles, renferme une hypocrisie et une cruauté cinglante. Ce qui effraie le plus chez lui est de réaliser qu’un certain nombre d’entre nous auraient réagi exactement de la même manière. « Tout pour survivre ».

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La troisième larron, Kang Sae-byeok, est probablement celle qui m’a le plus touchée. Parce qu’elle fait partie des malchanceuses et n’hésite pas à tout risquer si cela peut lui permettre de sauver sa famille. Et c’est peu dire qu’elle part avec un lot considérable de désavantages. En premier lieu celui d’être une femme. Comme dit précédemment, ces jeux ne sont que le reflet d’une société inégalitaire par essence. Le simple fait de ne pas avoir la carrure et les muscles d’un homme pèse dans la balance. Aussi bien dans les épreuves que dans les coulisses.

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À ce propos, les décors sont fantastiques. Étourdissants, même ! Le dédale d’escaliers rappelle le labyrinthe d’Alice au Pays des Merveilles/ Idem pour les différents masques d’animaux portés par ces « ogres qui s’ennuient ». Et que dire de la bande originale, tantôt enfantine, tantôt guerrière. Et cet incontournable hommage à la musique classique et au jazz que l’on retrouve chez quasiment toutes les productions coréennes tant cela fait partie de leur ADN.

La mise en scène de Squid Game vaut elle-aussi le détour. Que ce soit dans la conception des jeux ou l’exécution de ces derniers. Souvent, le suspens est de mise car les devenirs d’une poignée de personnages nous sont chers. À contrario, certain(e)s participant(e)s sont détestables et nous n’avons qu’une hâte —> Les voir disparaître. Quitte à ce que cela nous rapproche des ogres qui s’ennuient.

L’épreuve qui m’a le plus marqué ? Sans nul doute possible celle du tir à la corde. Incroyable, sans pitié et paradoxalement poétique. C’est avec ce genre de scène pivot que Squid Game parvient à autant marquer les esprits qu’il ne les interroge. Avons-nous vraiment affaire à une exutoire des pulsions humaines ? La recherche du frisson ne peut-elle s’obtenir qu’à travers la souffrance et le sang d’autrui ? Combien d’ogres, si on leur offrait la possibilité d’être les spectateurs de tels jeux, se rueraient sur l’opportunité ?

Et quel fins ! Quel rebondissement final ! Voir une affection bâtie sur des faux-semblants s’écrouler en l’espace d’une seconde est si cruel. Quand bien même je préfère retenir le positif. La sincérité ingénue qui s’est liée brièvement entre deux individus que tout éloigne. La volonté d’entraide en dépit d’idéaux opposés. Un « compagnon de jeu ».

La perspective d’une deuxième saison est aussi excitante qu’inquiétante. Parce qu’il est rare qu’une telle concoction ne délivre à nouveau la même fragrance. Il n’empêche que certaines destinés ont encore quelque chose à proposer. Celle de l’Homme au Masque et de son passé, notamment. De même que l’homme au costume par qui tout est arrivé. Et oui, si vous ne l’avez pas encore deviné, il s’agit bien de Busanheng du Dernier Train Pour Busan !

Que dire de plus ? Foncez voir ce bijou qu’est Squid Game si ce n’est pas déjà fait et constituez-vous votre propre avis ! Ressortirez-vous avec un regard encore plus désabusé sur ce monde qu’est le nôtre ? Ou entretiendrez-vous la flamme d’un renouveau social prompt à éradiquer les gangrènes sociétales ? Une sorte d’Inspecteur Secret qui, en cachette, oeuvrerait à bâtir un système juste et humain. Quitte à se salir les mains pour y parvenir. Quitte à devenir un ogre.

Publié le
Catégorisé comme Dramas

Fondateur de YZGeneration, YummyZ, Ikke et Bang !

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