Belle : Et Seule

Belle

« Quand ma mère est morte… » se remémore Suzu. « J’étais inconsolable ». À vrai dire, elle l’est toujours. « Pourquoi m’as-tu abandonnée ? ». Dès ce drame, la jeune fille s’est renfermée sur elle-même et continue de l’être à ce jour. « Voilà pourquoi découvrir U a bouleversé ma vie ». Soit une application de communauté virtuelle faisant appel à une technologie VR sans nul autre pareil. « Grâce à U… » poursuit Suzu. « Ma voix qui s’était éteinte a pu renaitre de ses cendres ». Suzu est devenue Belle. Mais est-ce une bonne chose de dévoiler ainsi son premier soi en vue de se donner un nouveau départ ? « Ce masque de fleurs que je porte et qui me sied tant est-il pour autant le meilleur remède ? ». Et puis Belle rencontra la Bête. « Une même souffrance… Un même dilemme ».

J’avais adoré Miraï, Ma Petite Soeur du même réalisateur (Mamoru Hosoda), et de même pour La Traversée du Temps. Moins Le Garçon et la Bête dont la fin m’avait quelque peu égaré. Il faudrait que je regarde Les Enfants Loups et Summer Wars… Quoiqu’il en soit, ce qui touche avec les oeuvres de Mamoru, c’est leur propension à éveiller des émotions liées à l’enfance et la perte d’êtres chers. La confrontation à un deuil sans fin et notre capacité à aller de l’avant malgré tout. Il y a dans ces personnages une humanité tendre et maladroite qui fait que l’on s’y lie rapidement. D’autant plus lorsque la tragédie qui les accompagne fait écho en nous.

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Ici, la solitude de Suzu et son incompréhension quant au départ de sa mère ne cessent de faire ricochet sur son incapacité à tisser des liens. À l’heureuse exception de sa meilleure amie. Qui plus est, si la perspective d’une immersion dans un univers virtuel a de quoi effrayer, il faut bien lui reconnaitre son aptitude à faire oublier. C’est l’une des raisons pour lesquelles les jeux vidéo ont autant de succès. On s’évade dans un univers au sein duquel on peut réaliser bien plus de choses que le monde réel.

Ici, pour Suzu, il s’agit essentiellement de pouvoir chanter à travers son alter ego de Belle. Et, oui, il s’agit bien sûr d’une révision moderne de la fable de La Belle et la Bête. À ceci près qu’on ne se retrouve plus à devoir composer avec le syndrome de Stockholm ! Ici, la volonté de s’isoler de la Bête est plus forte que son envie de « posséder » Belle. Au contraire, sa présence le blesse autant qu’elle l’hypnotise. Parce qu’elle et lui partagent les mêmes douleurs. Parce qu’ils désirent être sauvés sans pouvoir le dire. « Alors pourquoi ne pas chanter ? ».

Par ailleurs, il est important de considérer Belle comme une fable plutôt qu’un récit de la vie réelle. Autrement, vous risqueriez d’être agacé(e)s par certaines facilités scénaristiques. Il faut également prendre en compte que bon nombre d’évènements entrent en consonance avec les tourments des protagonistes et leurs démons. On pourra également regretter une fin trop ouverte mais cela semble faire partie de l’ADN Hosoda. J’aurais personnellement aimé savoir ce qu’il advient du devenir de certaines idylles mais soit… Je m’en remettrai à mon imagination !

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Au final, Belle est une histoire tragique et inspirante. Invoquant la nécessité de se battre face à l’inconsolable perte des parties de soi. Qu’on le veuille ou non, la vie est pavée de drames et le temps est l’élément qui nous y aspire. Parfois lentement, parfois soudainement. Inéluctablement. « Et pourtant malgré la distance, malgré la souffrance, je t’aime et t’aimerai pour l’éternité ». À travers le temps.

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Catégorisé comme Ciné

Fondateur de YZGeneration, YummyZ, Ikke et Bang !

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