Roanoke : Nous & Les Autres

Roanoke
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« Dès les premiers instants… » raconte Shelby Miller face caméra. « J’ai senti que cette maison était possédée par le mal ». Or, face au sentiment de peur, l’être humain n’a que deux choix. « Fuir ou combattre ». […] « Nos ami(e)s nous charriaient souvent quant au fait que nous formions un couple parfait ! » se vante Shelby. « Au point de nous en vouloir parce que nous leur faisions ressentir à quel point notre amour était supérieur à tout ce qu’ils avaient connu jusqu’alors ! ». Et de leur coup de foudre en plein cours de yoga à leur appartement commun à Los Angeles, tout allait pour le mieux. « Du moins jusqu’à l’agression de Matt… » poursuit Shelby avec un ton beaucoup plus sinistre. « J’ai perdu mon bébé et nous avons alors décidé de tout recommencer à zéro ». Loin de la ville. Loin de la violence. « Une bâtisse à l’allure tranquille située en pleine forêt ». La Demeure de Roanoke.

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Ma pause à même American Horror Story aura duré plus de cinq ans ! La faute à une double déception suite aux saisons 4 (Freak Show) et 5 (Hotel). Je ne me souviens guère des intrigues en détail mais je sais que le manque de consistance des trames m’avait singulièrement agacé. Une propension à partir en vrille au fur et à mesure des épisodes ainsi qu’un manque d’affect lié aux différents personnages. De nombreux ami(e)s m’avaient indiqué que Roanoke renouait avec une certaine qualité narrative mais ça ne m’a pas empêché de prendre mon temps, ahah. Verdict ? Et bien, si j’écris un article, c’est que j’ai été forcément enchanté par l’accueil très local des habitant(e)s de Roanoke !

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L’inspiration puisée dans la saga Blair Witch, et tout particulièrement le premier opus sorti en 1999 qui a popularisé le genre du « Found Footage » (Caméra Embarquée), est cinglante. De bout en bout, nous nous retrouvons avec des enregistrements vidéo de toutes les horreurs dont sont témoins Shelby, Matt et leurs comparses. Tout en devant composer avec leur incroyable stupidité. Symptôme commun à la plupart des productions horrifiques. On a parfois l’impression que les protagonistes se posent une seule et même question « Que faire si je veux mourir le plus vite possible ? ». Mais qu’importe ! J’accepte cette idiocratie généralisée. Pourquoi ? Parce que l’ambiance poisseuse et malsaine de la forêt rattrape le tout.

D’autant plus qu’au concept Blair Witch vient s’en ajouter un autre —> La télé-réalité ! J’ai été, ceci-dit, assez désarçonné au départ. Ne comprenant pas pourquoi il y avait d’un coté des protagonistes traumatisés et de l’autre des actrices x acteurs déconnecté(e)s reconstituant les évènements dramatiques. Mais, au final, tout s’articule comme il faut et ce docu-fiction dérangeant, tout à fait crédible dans le monde réel, finit par rejoindre la terrible réalité du Bayou de Roanoke. Au grand dam des incrédules.

L’implacable tyrannie de la bouchère et la schizophrénie de sa comparse humaine. La famille crasseuse aux pratiques cannibales (et incestueuses ?). Les cris de supplice des cochons. L’homme à tête de porc. La famille Chen. Les villageois et leurs torches enflammées. L’Amérindienne Gaga en manque de sexe. Le Lore de Roanoke est à la fois dépaysant, malfaisant et graphique. Regorgeant de rites obscurs parsemés de sacrifices humains. Une terre assoiffée de sang. Une lune rouge avide de massacres.

Un autre aspect plaisant de cette saison 6 est sa capacité à nous faire rire ! De petites tirades bien placées à des situations volontairement grotesques, Ryan Murphy a parfaitement conscience du ridicule de l’ensemble et c’est ça qui fait tout le succès de Roanoke. Ainsi que de bien d’autres saisons AHS. Un mélange constant de tension, de clins d’oeil et d’auto-dérision. Avec une belle catharsis lorsque les survivant(e)s parviennent parfois à avoir le dessus.

Niveau casting, si Sarah Paulson X Evan Peters continuent de magnétiser les foules, j’ai surtout été impressionné par la prestation de Adina Porter a.k.a. Lee Haris. Mère prête à tout pour être aux cotés de sa fille, Flora, et la protéger du mal ambiant tisse en grande partie la dramaturgie de Roanoke. Un drame familial aussi tragique que touchant.

N’oublions pas la prestation incroyable (et je pèse mes mots) de Kathy Bates en Bouchère. Chacune de ses apparitions vaut son pesant d’osselets. Pour finir, notez bien que American Horror Story ne fait pas peur pour peu que vous soyez familier du genre. Si cette série a autant de succès, c’est parce qu’elle est parvenue, à quelques exceptions près (*tousse* S04/S05 *tousse*), à nous proposer des histoires prenantes dans un écrin malsain. Le tout enrobé d’une réalisation solide et d’une mise en scène efficace. Rendez-vous très vite pour mon écrit sur Cult !

Fondateur de YZGeneration, YummyZ, Ikke et Bang !

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