Narcos S06 : Des Nuances De Gris

Nuances De Gris

« Bien le bonjour, messieurs » tente Amado Carillo Fuentes alors que l’armée mexicaine vient de lui mettre la main dessus. Le « Seigneur du Ciel » ayant dû poser un pied à terre suite à un accident technique. « Dans la camionnette… » poursuit-il. « Il y a un sac avec 70.000 dollars si ça vous tente ». Malheureusement pour Amado, le général qui lui fait face ne compte pas faire preuve de la moindre corruption à son égard. « Vous êtes en état d’arrestation… » annonce t-il. « Et nous allons vous amener à la prison la plus proche ». Et c’est ainsi que le narco-trafiquant le plus important du Mexique (et du monde) à cette époque entama son ultime descente. À l’aube d’une économie mondialisée symbolisée par le pacte de l’ALENA. « Nous pensions alors profiter d’une prospérité nouvelle… » raconte Andrea Nunez, journaliste de la Voz. « Nous avions tort ». Car qu’il s’agisse du camp du mal ou du camp du bien, les nuances de gris dominent.

Nuances De Gris

Comme les saisons précédentes, cette plongée dans la violence des cartels s’avère solide à plus d’un titre. Prenant son temps, peut-être trop, parfois, l’intrigue fait en sorte de jongler entre la restitution authentique des années 90 à Mexico et une « nécessaire » dramatisation. Cela en vue de maintenir l’intérêt du spectateur éveillé. Ici, cela se traduit par des séquences d’action grandiloquentes et l’humanisation d’un bon nombre de protagonistes. Parfois jusqu’à aller à la romance. Ce qui pourrait déranger lorsqu’on se rappelle que nombre d’entre eux ne sont pas des enfants de choeur.

C’est pour cette même raison que j’ai eu du mal à apprécier les fusillades et autres règlements de compte. Oui, la réalisation est impeccable et fait office de rouage clé dans le narratif mais il n’empêche que de vraies personnes sont mortes. Je me rappelle notamment, lors de la S01, m’être interrogé sur le risque de faire de criminels notoires des « héros urbains ». En esthétisant l’action et en dévoilant des facettes humaines qui rendent ces « monstres » plus ordinaires.

Ici, c’est surtout Amado Carillo Fuentes qui profite du plus gros focus. Sa capacité à anticiper les conséquences de l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain) et à entretenir des liens avec des personnalités haut placées (et corrompues) de la sphère politique/ militaire lui ont permis de se maintenir des années au sommet. Anticipant au mieux les obstacles et tant pis s’il faut se salir les mains. Sa relation avec Pacho du Cartel de Dali (Colombie) était également intéressante au vu de l’amitié entre les deux trafiquants.

Je reste sceptique sur l’amourette avec Marta, la pianiste de Cuba, mais au moins cette interlude permet-elle de souffler un peu. Un autre personnage qui m’avait marqué dans la S05 et continue de le faire ici —> Enedina Arellano Felix. Dès le départ, on sent qu’elle aurait dû être à la tête du clan familial. Mais parce qu’elle est née femme, Benjamin s’est chargé de ce rôle. Avec la ferme intention de régner sur sa plaza en usant de la force. Après avoir effectué une brève recherche, j’ai appris que Enedina était la seule rescapée du noyau initial et qu’elle avait depuis insufflé une dimension largement business à ses différentes activités. N’hésitant pas à entrer en partenariat avec les ennemis d’autrefois.

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En quelque sorte, elle est parvenue à réaliser ce que Amado et Miguel n’ont jamais pu faire. Manier les nuances de gris avec doigté et précaution. D’ailleurs, en parlant de contraste moral, le fossé entre les activités illicites du policier Victor et sa quête désespérée pour enrayer les féminicides de sa ville est poignant. Malgré une longueur certaine et un hors-sujet avec les cartels, aborder ces innombrables meurtres de femmes passés sous silence dans les années 90 était important. Quand bien même il ne fait que souligner l’impuissance d’un seul individu à enrayer la machine du mal.

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Même sentiment pour le personnage de Walt Breslin. Obsédé à l’idée de venger les morts de Kiki Camarena et celles qui ont suivi. Convaincu qu’il doit mener sa quête à bout et à tout prix. Ne réalisant que trop tard qu’elle était vouée à l’échec. Triste destin que celui de Walt mais au moins en a t-il pris conscience avant qu’il ne soit trop tard pour lui. Contrairement à tant d’autres. « Nuances de gris qui virent au pourpre ».

Quant à la journaliste Andrea, j’ai peiné à entrer dans son jeu d’acteur. La trouvant trop impassible. Ceci-dit, son rôle est essentiel et permet de mettre la lumière sur l’héroïsme quotidien des journalistes. Menacés de mort et parfois tués pour mettre sur papier la vérité.

Enfin, impossible de ne pas conclure cet article en omettant de mentionner El Chapo. N’ayant pas eu connaissance des faits historiques, je m’attendais à ce qu’il soit au centre de cette sixième saison de Narcos (et S03 de Mexico) mais non ! Le leadership de Chapo ne surgira qu’à partir du début des années 2000. J’ai ouï dire que cette saison serait la dernière et c’est probablement ce qui explique les grosses erreurs de date à la fin du finale. Une bonne dizaine d’années d’avance sur les vrais évènements.

À voir si les showrunners et Netflix reviendront sur leurs décisions. Après tout, la saga Narcos est loin d’avoir rattrapé le présent. Et il y a encore beaucoup à dire sur ces nuances de gris qui ne cessent d’empoissonner le quotidien des pauvres gens. Entre cruauté, cupidité et corruption.

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inosuke971
11 jours il y a

As tu déjà regarder la série El Chapo ? Si non regarde là c’est vraiment bien