Ciné Joker

Published on octobre 9th, 2019 | by Faël Isthar

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Joker : Les Visages Joyeux

« Voilà ce qui manque à ce monde »

Depuis tout petit, Arthur Fleck ne peut s’empêcher de rire nerveusement chaque fois qu’il se retrouve confronté à une situation de stress. Or, à Gotham, ville gangrénée par la saleté, la violence et la misère sociale, les moments d’angoisse sont omniprésents. « Avez-vous pris vos médicaments dernièrement ? » lui demande sa psychiatre après qu’il se soit laissé aller à une énième crise. « À ce propos… » répond Arthur. « J’aurais besoin que vous augmentiez mes doses ». Il faut dire que l’apprenti comédien risque d’être licencié de son travail après s’être fait voler une pancarte commerciale (puis tabasser). Alors qu’il jouait les clowns dans ces rues pleines de gasoil et de déjections diverses. « Je vais voir ce que je peux faire ». « C’est moi ou c’est de plus en plus la folie en ce moment ? ». « Il ne tient qu’à vous de prendre votre vie en main, M. Fleck ». « Hahaha… Oui, un jour, la vie me sourira ». Un jour, le Joker entrera dans la danse.

Je ne prends pas de risques en affirmant que Joker est le film le plus réussi du DCU depuis The Dark Knight. J’irai même jusqu’à dire qu’il le surpasse dans la mesure où il n’y a aucun raté mis à part quelques longueurs. Là où le film de Nolan, malgré sa superbe, doit composer avec un Batman peu marquant et une scène un brin bateau (l’arrestation de l’arlequin suite à la victoire de l’humanité des citoyens de Gotham). Ici, l’oeuvre de Todd Phillips se veut davantage intimiste avec un focus sur cette misère humaine qui, à force d’être craquelée de toutes parts, donne naissance à des monstres. Résolument noire, la genèse du clown fou fait tout pour crédibiliser son sujet. Quotidien indigne. Rejet des différences. Cupidité toxique des « grands de ce monde ». Stupidité contagieuse des « rats de ville ». Ne soyez pas surpris si vous retrouvez des similitudes à ce que traverse aujourd’hui nos sociétés contemporaines. Le parallèle est voulu et assumé.

À un point tel que le film a choqué les âmes sensibles. Il faut dire que cette plongée dans la psyché malade d’un tueur n’a rien de divertissant. Bien au contraire, le Joker rendra mal à l’aise n’importe quelle personne dotée d’empathie. Il faudra en revanche vous poser les bonnes questions si, à l’instar de certains spectateurs, le rire est la seule émotion qui ressort de vous. Certes, il y a des passages objectivement comiques mais si vous ne parvenez pas à saisir l’incroyable tristesse qui émane de l’écrin alors vous faites partie du problème. Impossible de conclure ce billet en omettant la prestation torturée et à bras le corps de Joaquin Phoenix (suffisamment différente du Joker anarchiste de Heath Ledger). Abimé, violenté et castré, Arthur Fleck donne l’impression d’un homme qui, chaque fois qu’il tente de remonter à la surface, se fait implacablement reprendre par une réalité confinant au néant. Et c’est ainsi que, cloitré dans un linceul de chaos, l’âme en peine décida qu’il valait mieux en rire qu’en pleurer. Quitte à embraser un monde ne demandant qu’à renaitre de ces cendres.

Joker

8,5/10

*Coup de Coeur*


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