Babylon : Grandeur & Décadence

Babylon

« Et toi, alors ? » demande Nellie LaRoy après s’être enfilée un rail de coke. « Pardon ? » peine à comprendre Manny Torres. « Si tu pouvais aller n’importe où dans le monde, t’irais où ? ». « Hm… Je voudrais faire partie de quelque chose d’exceptionnel ! » répond l’assistant. « J’adore cette réponse ! » se réjouit LaRoy. « Quelque chose qui reste ! Quelque chose qui fait sens ! ». « Ouais !!! ». À ce moment-là, l’une était déjà préparée à vivre une ère de grandeur et de décadence. Parce qu’elle était née pour ça. Née pour être la plus grande actrice de ce foutue monde. Manny, en revanche, n’avait aucune idée du maelström d’émotions qui l’attendait. […] « On était dans les années 20 et le cinéma muet se trouvait à son panthéon » réalise Nellie alors qu’elle se dirige chantonnante dans une allée sombre. Qui aurait pu alors prédire que la technologie basculerait à ce point ? « Ironiquement… » prend t-elle conscience. « C’est lorsque le cinéma m’a donné ma voix que je l’ai perdu à jamais ». Gloire à Babylon.

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La polémique, ou plutôt l’absence de polémique autour des accusations portées par Angelina Jolie envers son ex-mari, Brad Pitt, m’ont amené dans la salle à reculons. « Dans l’idéal… » me disais-je. « J’aimerais ne pas aimer ce film ». Histoire de ne pas rejoindre le grand élan d’hypocrisie hollywoodien consistant à faire comme si de rien n’était. Hélas, mille fois hélas, la nouvelle production de Damien Chazelle m’a mis une baffe comme je m’en étais rarement pris jusqu’alors. J’ai cru comprendre que le public américain était partagé sur cette oeuvre aussi majestueuse que chaotique. Le public européen, en revanche, devrait savourer cette descente aux enfers jusqu’à la lie.

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Il faut dire que tout est réuni dans Babylon pour plaire au vieil Occident —> Une grâce esthétique, une mise en scène somptueuse et (parfois) rebutante, des couleurs dorées par milliers et la grâce sanguinaire d’une Margot Robbie impériale. Puis la musique, sacrés dieux, la musique ! On pourra reprocher au compositeur, Justin Hurwitz, de repomper allègrement dans le répertoire de La La Land mais qu’importe, la magie des sens opère. Quelle expérience unique que de savourer une telle intensité visuelle et sonore devant un écran géant !

Ironiquement, Babylon parle de la fin d’une époque tout en l’incarnant contre son gré. Si le semi-flop mondial se confirme, nous pourrions avoir assisté à l’une des dernières grandes manifestations du cinéma d’auteur. Tué à grand coups de streaming, nav’is et super-héros. Si vous saviez comment j’aurais aimé rejoindre la majorité de sceptiques ! Si vous saviez comment j’aurais aimé dire « Meh ! » et quitter mon siège en lançant TikTok… Mais je ne peux que m’incliner ! À mes yeux, Babylon est un monument de l’histoire du cinéma.

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Catégorisé comme Ciné

Fondateur de YZGeneration, YummyZ, Ikke et Bang !

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