Ciné Detroit

Published on décembre 4th, 2017 | by Faël Isthar

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Detroit : « Rien n’a changé »

« Mais les vraies bêtes, c’est bien eux »

Été 1967 : Detroit, capitale de l’industrie automobile US, est en pleine guérilla urbaine. Vols. Violences. Meurtres. Une ville à feu et à sang que la police locale peine à juguler. D’où l’intervention de la Garde Nationale. Ce qui a mis le feu aux poudres ? Une descente de police dans un immeuble où avaient lieu des jeux clandestins. Célébrés pour fêter le retour au pays de deux vétérans noirs ayant fait la Guerre du Vietnam. Un conflit vilipendée par l’opinion populaire qui y voit une intervention néocoloniale s’étant soldée par le sang d’innocents. Ce jour-là, la brutalité dont ont fait preuve les agents ce soir-là était « ordinaire ». Mais ce fut la goute d’eau qui déborda le vase et entraina les violences urbaines. Qui aurait imaginé que deux jours plus tard, les évènements du Algiers Motel allaient redéfinir l’histoire de la discrimination anti-noirs et de la criminalité policière ? Personne. Sauf, peut-être, les habitants de Detroit.

Detroit

Voilà un film dont j’avais longtemps entendu parler ! Le problème est que j’ai fait une overdose de films engagés sur la cause noire ahah. Certaines oeuvres sont vraiment réussies et parviennent à ne pas verser dans l’excès de manichéisme, l’accumulation des stéréotypes et la tentation de trop tirer sur la corde du drama (histoire d’empocher un maximum d’oscars). Heureusement, Detroit évite la plupart de ces pièges en dressant un portrait certes sombre mais pas simplet eu égard à la discrimination raciale aux États-Unis. Laquelle, contrairement à la France et d’autres pays européens, est vraiment sociétale. Une très bonne série sur le sujet —> Dear White People (Netflix) ! En témoigne le déni de justice qui sera apportée aux rescapés de cette nuit cauchemardesque. Une nuit où certains policiers se sont crus tout puissants en torturant des Afro-Américains. Trois d’entre eux seront assassinés et les officiers en cause tenteront de maquiller les scènes du crime en invoquant la légitime défense.

Detroit

Tout ça parce que la première des victimes, Carl Cooper, aura pris la plus stupide des décisions de sa vie. Tirer sur des policiers et militaires postés près du Algiers Motel avec un pistolet de courses. Donc factice. Une décision qui l’aura tué lui et deux autres innocents. À quoi pensait-il ? Faire croire aux forces de l’ordre, dans un Detroit en plein climat insurrectionnel, qu’on leur tire dessus. Évidemment qu’il y avait un risque probant que tout parte en vrille ! Et malheureusement pour Carl, Fred Temple et Aubrey Pollard, ces derniers sont tombés sur trois monstres déguisés en policiers. D’ailleurs, je n’ai pas compris pourquoi personne n’a rien dit au sujet de ce pistolet-jouet ! Ça aurait peut-être permis d’éviter à Fred et Aubrey de perdre la vie. Au milieu de tout ça —> Melvin Dismukes (John Boyega), vigile noir qui aura tenté d’éviter que tout dégénère. Il n’y sera pas parvenu. Pire –> Il sera même considéré pendant un temps comme l’un des meurtriers. À cause d’un témoignage forcé de l’une des deux filles blanches du Motel qu’il avait pourtant mis en lieu sûr. Avec un membre de la garde national. Après qu’elles se soient fait agressées, attachées et humiliées par les trois agents qui ne méritaient pas leur insigne. 50 ans plus tard, peu de choses ont changé. Le mouvement Black Lives Matter ne cesse de rugir mas rien n’y fait. La pauvreté inhérente à l’environnement des Afro-Américains. Cette poignée de bêtes qui, d’un coté comme de l’autre, attisent le feu entre policies et noirs. Puis la solidarité naturelle de ces deux camps qui n’ont de cesse de se confronter. Encore et encore. Quand est-ce que cela changera ? Pas tout de suite. Non, pas tout de suite.

Detroit

7,5/10 *Coup au Coeur*

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Directeur de YZGeneration



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