Ciné Affamés

Published on août 30th, 2018 | by Faël Isthar

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Burning : Les Grands Affamés

« Ceux avides de sens »

Alors qu’il vient de finir une livraison, Lee Jongsu, jeune coursier, tombe par hasard sur une ancienne voisine de son village —> Haemi ! « J’ai changé, non ? » l’interpelle celle-ci. « C’est parce que j’ai fait de la chirurgie ! ». Mais Jongsu n’arrive pas à répondre. Happé par la beauté de cette jeune femme qui se tient devant lui. « Quand on avait 7 ans, tu étais venu me voir et tu m’avais dit que j’étais moche». « Sérieux ? J’ai dit ça ? » commence à paniquer Jongsu sans pour autant poser les mots. « Avant de repartir… Alors dis-moi, Jongsu. Est-ce que je suis toujours aussi laide ? ». Ainsi débutèrent les retrouvailles entre Jongsu et Haemi. […] « Je vais bientôt partir en Afrique » lui confesse Haemi. « Où en… ». « Pendant mon absence, il va falloir que tu t’occupes de mon chat ». […] « Quand j’y repense, je n’ai jamais vu son chat quand j’étais chez elle. La première fois que je l’ai aperçu, c’était chez Ben ». […] « Là où je suis allée, dans le Désert du Kalahari » leur avait dit, un jour, Haemi. « Il y a deux types d’Affamés. Les Petits Affamés, mues par l’envie de manger et de boire. Et les Grands Affamés, avides de vertige et en quête de Vie ». […] « Quel Affamé es-tu, Jongsu ? ».

Affamés

Contemplatif et esthétique, Burning dispose d’un rythme lent. C’est un fait. Mais là où je suis d’ordinaire très critique à l’égard de la rythmique, ce ne fut quasiment pas le cas ici. La faute à une photographie et une mise en scène particulièrement soignée. Un cadre d’orfèvre où chaque détail a son importance. Sans omettre cette beauté diaphane de Jeon Jong-seo qui caractérise Haemi. Comme quoi le casting a une importance capitale ! Son jeu est au point et on pourra en dire tout autant de celui de You Ah-In (Jongsu) et Steven Yeun (Ben). Là où Ben renvoie une aura inquiétante sous un apparat de luxe (ce sourire…), Jongsu parait beaucoup plus fade. Mais plus l’intrigue se dénoue, plus on comprend que sous cette façade se cache un monstre prompt à bondir dès que les conditions le permettront. D’où l’occasion d’embrayer sur ces Petits et Grands Affamés. Si vous n’avez pas encore vu Burning, descendez directement voir la note car ça va spoiler sec.

Affamés

SPOILERS

J’ai porté préjudice à Jongsu en affirmant qu’il couvait un monstre. C’est bel et bien le cas (je pense notamment à ses derniers mots à l’encontre de Haemi). Mais celui-ci ne se révèle pleinement qu’en vue de rendre justice à la femme qu’il aimait. Victime d’un autre monstre, beaucoup plus carnassier et vil —> Ben. Avant d’aller plus loin, précisions que Burning est adapté d’une nouvelle de Haruki Murakami —> Les Grandes Brûlées. Haruki Murakami qui s’avère être mon écrivain favori ! Haemi. Jongsu. Ben. Tous trois sont de Grands Affamés. Avides de combler le vide qui siège en leur coeur. Un vide prompt à faire pleurer la belle Haemi au bout d’une danse enivrante et hypnotique. Délivrée torse nue et sous le clair de lune. Notons à cet égard l’impact magistral de la musique. Feutrée et aux couleurs jazzy, celle-ci participe à l’apparat lunaire du film. Dans le cas de Jongsu, celui-ci réalise qu’il était lui-aussi un grand affamé beaucoup trop tard. Enchainant d’abord des petits boulots sans conviction dans un pays où le chômage n’a de cesse de grimper et où la jeunesse se sent impuissante. Les « Gatsby » dont font partie Ben n’ont pour eux que leur argent. Comme nous finissons par le réaliser avec horreur. Combler le vide par les cendres. Voilà la solution qu’ont trouvé nos Grands Affamés. Une solution qui aura fini par les rendre aussi vides qu’ils ne l’étaient au départ. Si ce n’est davantage. À voir d’urgence si vous affectionnez le cinéma coréen et, bien évidemment, le style métaphorique (et pourtant si tangible) de Haruki Murakami.

Affamés

7,5/10

*Coup de Coeur*


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Fondateur de YZGeneration, YummyZ et Ikke !



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